A cinq ans Sinoï aimait jouer dans les fossés juste à la sortie de son village. Il était issu d'un petit hameau de la province de Pékin où l’on vénérait la terre. Aussi il passait son temps non à la cultiver, mais au grand désespoir de ses parents, à la travailler, à la malaxer pour reconstruire les forteresses de ses rêves. C'est en peaufinant une de ses sculptures, qu'il découvrit ce qui allait être pour lui sa villégiature dans l'universel.

D'étranges bouts de bois aux extrémités étonnamment arrondies jaillirent du sol alors qu'il venait de se barbouiller une dernière fois le visage de glaise. Il rentra aussitôt à grandes enjambées, sentant comme une force puissante le pénétrer. Sinoï, sans le savoir, portait dans ses petits bras d'enfants, l'homme de Pékin.

Durant des mois, les grands sages du monde entier vinrent s'agenouiller à ses pieds pour lui offrir l'éternité. Ils lui parlèrent alors des fumées évanescentes de l'encens, qui feraient de lui l’Homo Eclectus.

Sinoï traversa les siècles, suivant le monde et son évolution. Des aventures remplies d'espoir, et aussi de désespoir, avaient animé sa vie, mais il était devenu perplexe : pourquoi avait-il hérité de cette éternité ?

C'est à la fin du deuxième millénaire qu'il prit connaissance de l'existence du Deuxième Monde. Changer de vie, faire de nouvelles rencontres, vivre d'autres sensations, tant de choses à découvrir, à construire, à offrir...

Allait-il revoir Phee ?

Il y a trois cents ans, avant de disparaître, elle lui avait promis de le retrouver dans un autre monde... Depuis ce temps, il attendait qu'une lumière de " l'au-delà " lui indique le chemin à prendre pour la rejoindre. Peut-être vivait-elle dans le Deuxième Monde aujourd'hui ?

Quoiqu'il en soit, il devait aller voir. Et puis l'idée d'un nouveau monde lui plaisait...